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 [Article] Les retours en atelier d’improvisation

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greg.
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MessageSujet: [Article] Les retours en atelier d’improvisation   Jeu 17 Sep 2015 - 17:58

Ambiance : « Une salle, des improvisateurs, un coach et une improvisation… les improvisateurs se lancent… puis la fin de l’improvisation… tout le monde se retourne vers le coach… en attente d’un retour…  j’ai réussi l’exercice ?»



On peut tous donner un feedback après ou pendant une improvisation mais comment faire que ce retour se transforme en apprentissage, qu’il prenne sens pour l’improvisateur en scène et ceux qui l’observent lors de nos ateliers.

Déclencher un déclic intérieur  du type « Ah oui d’accord…. » ou un questionnement « comment ça marche ? »
L’improvisation s’apprend en improvisant, certes, mais « enseignement » et « improvisation » ne s’opposent pas, encore faut-il se poser la question de la forme de cet enseignement.

Comme progresser ? Comment Apprendre et faire apprendre ?

Pour le bien de notre raisonnement, nous allons créer un mot – ça fait toujours plaisir – Nous allons appeler l’improvisateur en formation : « Un improvisant » (Un improvisateur-apprenant).

Dans nos ateliers amateurs, nous avons des « improvisants » de tous niveaux avec des objectifs de travail parfois différents. Chacun à sa personnalité, sa bulle, ses prédispositions et ses blocages. Le moteur de l’amusement est au cœur de l’atelier.

Les  « improvisants » passent rapidement les premiers paliers d’apprentissage par le biais de l’expérience de jeu en atelier ou devant public. D’ailleurs, ils brûlent parfois les étapes car ils sont plus exubérants que les autres et se retrouvent ensuite bloqués dans un comportement récurrent.

Puis arrive le palier qui demande plus de travail et/ou qui ne fait plus appel à « l’inné », ce dernier réclame de s’interroger sur sa pratique, de s’ouvrir à d’autres pratiques et de déclencher un questionnement.

J’ai rencontré différents types de coach et autant de façons de faire des retours. Bien entendu, ils font preuve d’alternance dans la forme, Ils passent souvent d’une façon de faire à une autre mais il existe des comportements types.

On aime bien mettre les choses dans des cases hein ;-)

C’est intéressant de les mettre en évidence pour construire sa propre façon de faire mais surtout pour s’interroger sur son acte de formation.

Est-ce bien la meilleure façon de faire ? Est-ce que mon message passe ? Comme je vais faire des retours en fonction du but de l’exercice ou de mes objectifs pour cette séance ?

Si on fait appel aux spécialistes de la communication, ils nous donnent la grille suivante :

On retient :
10% de ce que nous lisons
20% de ce que nous entendons
30% de ce que  nous voyons
50% de ce que nous voyons et entendons
80% de ce que nous disons
90% de ce que nous faisons !

Ok, alors il reste quel pourcentage après un retour sur une improvisation ? Pour celui qui est sur scène ? Pour celui qui regarde ?

Gardons ces questions en tête pour explorer les formes de retour.

Il y a le coach qui intervient rapidement en cours d’impro pour pointer « fraichement et précisément » un disfonctionnement ou une bonne pratique. Indéniablement, l’exemple sera alors frais dans la tête de chacun, par contre, on ne peut pas alors montrer les conséquences.  Pourtant n’est-ce pas les conséquences qui sont intéressantes à laisser vivre pour ensuite revenir dessus ensemble après ? Est-ce que l’on ne tombe pas alors dans il ne faut pas faire comment ça, pas faire ça ?

Il y a le coach qui arrête l’impro, fait un retour et demande ensuite aux « improvisants » de reprendre.  Délicat…  on n’est plus dans l’instant, on risque de se retrouver devant une impossibilité à continuer l’improvisation. On risque d’être trop dans sa tête afin de respecter la consigne.

Il est intéressant de se poser la question des différentes perceptions d’une même improvisation. En effet, les ressentis ne sont pas les même entre l’improvisant, son ou ses partenaires de jeu et le regard public. 3 regards différents donc trois points de vue.

Souvent le coach va donner son retour sur les « improvisants » du point de vue spectateur, de l’extérieur. Bien entendu ce retour est précieux mais pas plus que celui du ressenti intérieur des « improvisants » car c’est celui-ci qui a le plus de chance de  se transformer en apprentissage si on pose les conditions d’une verbalisation par les improvisants.

Il y a le coach qui ne laisse rien transparaitre durant les improvisations et qui réserve son jugement pour l’après. Il va alors pointer les disfonctionnements, revenir sur ce qui aurait pu être fait et rappeler les bonnes pratiques. Difficile de ne pas tomber alors dans la critique systématique,  surtout si on ne prend pas le ressentit des autres.

On peut alors voir des coachs qui poussent les improvisants dans leur retranchement, retours tranchants et percutants pour les bousculer. Ce système fonctionne avec des professionnels qui viennent chercher la performance mais ne trouve pas sa place dans nos ateliers amateurs.

Il y a le coach qui dédramatise l’échec à outrance et qui se concentre sur les retours positifs. Rien n’est grave, rien n’a d’importance. C’est une démarche positive et constructive mais… pour apprendre de nos échecs, ne faut-il pas leur donner une certaine importance ?

Il y a le coach qui montre ; qui prend la place de l’improvisant sur scène pour lui montrer, pour lui expliquer. Si j'etais toi, je ferais ça, je dirais ça… regardes comment je fais-moi ! Ok c’est visuel mais ce retour n’est pas vécu par l’apprenant, c’est une démonstration qui ne fait pas forcément sens avec son ressentit, son jeu  puisque c’est une vision extérieur, le style d'un autre.

Il y a celui qui ne présente pas les objectifs de la séance ou des exercices. Il s’agit de se confronter aux exercices sans notion d’objectifs et d’accepter simplement de vivre l’exercice sans grille de lecture. Laissez-vous surprendre par l’exercice ! C’est une démarche intéressante, à condition que le  coach précise ensuite les objectifs afin de refaire travailler l’exercice plus tard.

Il y a le coach qui ne fait pas de retour directement mais qui nomme des observateurs qui prennent en charge cet aspect. Toi tu te concentres sur la construction, les déplacements, etc. La parole est libre mais mérite une reformulation par le coach.

Il y a celui qui va prendre des notes, pour revenir en détail sur les improvisations. C’est précis, mais pas facile de se livrer sur scène face à quelqu’un qui prend des notes à chacune de vos décisions. Comment ne pas lui jeter un regard de temps en temps ? J’ai bon ? De plus, quand le regard et l’attention du coach se trouve sur son cahier, il n’est plus en connexion avec les improvisants.

Et vous ? Vous avez rencontré d’autres façon de faire ?

Le coach est un facilitateur. L'improvisant est grandement acteur de sa progression. C'est lui et lui seul qui prend la décision de s'ouvrir à l'apprentissage, aux autres et aux retours.



Dernière édition par greg. le Jeu 24 Sep 2015 - 17:47, édité 3 fois
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greg.
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MessageSujet: Re: [Article] Les retours en atelier d’improvisation   Jeu 24 Sep 2015 - 11:03

Formuler un retour

Petite phrase trouvée je ne sais plus où sur le net mais qui donne à réfléchir :
« Si votre premier réflexe, en fin d’activité, consiste à prendre la parole avant même que vos participants se soient exprimés, laissez tomber tout de suite et soignez le «syndrome du prof» qui sommeille en vous ! »

Après la mise en évidence des différents moments pour placer un retour, il nous faut maintenant parler de la forme et du contenu de ce retour.

Là aussi, on peut parfois marcher sur des œufs surtout si on n’a pas pris, en début d’année, le soin d’interroger les improvisants sur leur objectif et leur souhait ou non de tester leurs limites.

Car l’acceptation de la forme d’un retour et de son assimilation dépend grandement, selon moi, de la qualité de la relation entre l’improvisant, le groupe et le coach. La confiance étant un ciment indispensable.

Qu’est-ce que l’improvisant est venu chercher dans cet atelier ? Une évolution ? Un cours ? Un challenge ? Une thérapie ? Un défouloir ? Un bon moment après le boulot ?

En effet, je suis persuadé qu’on ne peut pas « standardiser » sa formulation et qu’il faut l’adapter à l’improvisant, à son niveau, sa personnalité et à sa motivation.

L’échelle est savonneuse car une même formulation peut être vécue de façon complétement différente suivant la personne et son état du moment, suivant sa confiance en le groupe et son coach.
Je vous vois déjà hausser des sourcils devant l’ampleur de la tâche et je suis pleinement en adéquation avec vous, ça demande du métier.

Toutefois, une bonne pratique semble de se positionner dans l’intention consciente d’être constructif, respectueux et bienveillant. De se placer en facilitateur.

C’est un aspect difficile à appréhender par la théorie, l’expérience de terrain est une étape importante, il faut se tromper, accepter d’aller trop loin ou pas assez pour se construire sa proche échelle, son expérience, son vécu.

Faut-il alors appliquer une grille « virtuelle » sur ses retours afin de ne pas partir dans tous les sens et de respecter l’ensemble des paramètres ? Des personnes ?

Savoir faire l’impasse sur certains aspects dans un premier temps pour se focaliser sur des points en particulier ?
A chacun de se faire son avis au sein de son groupe, je ne suis pas certain qu’il y est une réponse unique.

Quand on parle de retour, on ne parle pas de critique, mais vraiment d'éléments constructifs permettant de se mettre dans une dynamique positive. Il est aussi important de mettre en évidence une chose qui ne fonctionne pas qu’une chose qui fonctionne. Par contre, bizarrement, si on demande un retour à quelqu’un, il va souvent se focaliser sur le négatif.

L’échange Coach/Improvisant n’est pas uniquement descendant (heureusement !) , il y a également le retour que peut faire le groupe ou l’improvisant au coach.

Le coach facilite l’expression du ressenti des improvisants, il s’expose alors…  L’égo peut en prendre un coup et c’est tant mieux… ça évite de se prendre pour un gourou... ou d’être complètement à côté de la plaque… Ce retour est précieux, parfois la forme est maladroite mais il a toujours une expression de ressentit à prendre en considération.

J’ai encore en tête un retour lors d’un cercle de paroles à la fin d’un de mes ateliers. L’improvisateur en question m’exprime le fait qu’il ne comprend pas ce qu’on fait et que ça ne sert à rien dans le cadre du match d’improvisation (on faisait du clown). Sur le coup, j’avais mal vécu la chose et c’était une belle manifestation d’égo de ma part.

J’aurai du vivre ce retour comme un cadeau, une chance…  l’improvisant était suffisamment en confiance pour m’exprimer son ressentit négatif…  pour me faire part de son interrogation…. avec le recul, je suis heureux d’avoir eu un tel retour car l’apprentissage va dans les deux sens.  

En ce moment, j’essaye de fonctionner sur un schéma en 3 étapes au niveau des retours :

Etape 1 : L’improvisation vient de se terminer, je demande aux improvisateurs de rester sur scène et de donner leur ressentit au groupe et à leur partenaire de jeu. Aucune obligation de prendre la parole, Il ne s’agit pas ici de lancer un débat ou de faire un tour complet des improvisants mais l’instauration d’une possibilité d’exprimer son ressentit et de verbaliser ses interrogations à l’intention du groupe et du coach. Aucune obligation de fournir une réponse, le groupe peut rester sans réponse pour cette séance par contre il faudra revenir dessus par la suite.

Etape 2 : C’est les improvisants « spectateurs » qui donnent leur ressentit sur l’improvisation.

Etape 3 : J’interviens pour une reformulation en rajoutant éventuellement une piste à essayer.

Un autre aspect délicat est le fait d’être clair dans son retour ou sa reformulation. De trouver les mots qui vont à l’essentiel et de ne pas noyer le poisson. Rien de pire qu’un message confus, le retour devient alors inutile ou contre-productif.


Dernière édition par greg. le Jeu 24 Sep 2015 - 17:48, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Article] Les retours en atelier d’improvisation   Jeu 24 Sep 2015 - 17:39

RETOUR DE FIN DE SEANCE :

Le retour de fin de séance : Un moment délicat mais indispensable. C’est la fin des exercices ou improvisations pour ce soir, chacun aspire à rentrer chez lui, pourtant il reste un rituel de clôture avant d’annoncer la fin de l’entrainement.

Par facilité ou manque de temps, on néglige souvent cette espace de retour sur ce que chacun a vécu ce soir, pourtant, c’est un puissant levier pour déclencher des questionnements et recueillir des pistes pour l’élaboration du contenu des prochaines séances mais aussi pour amener du lien entre les séances.

Le but n’est pas faire un tour de table mais de permettre à chacun de s’exprimer sur l’atelier, si il le désire, et de pouvoir souligner certains point de l’atelier du soir.

Exemple :
« Mathieu, j’ai apprécié ton implication sur l’exercice du…, je t’encourage à maintenir une énergie de jeu similaire. »
« On a vu ce soir la difficulté de… et le notion de… Lors du prochain entrainement, nous allons… »


Conclusion sur les retours

En guise de conclusion, il n’existe pas un « graal » du retour mais une compréhension indispensable des mécanismes d’apprentissage pour faire de son acte de transmission, un acte d’apprentissage.

La mise en évidence d’une feuille de route permet de clarifier et ordonner son message pour le rendre clair et audible.
De plus, en plaçant la confiance de l’improvisant en lui, le coach et le groupe on obtient une implication des improvisants dans leur parcours propice à enclencher une réflexion. Sans réflexion personnel sur son jeu, l’improvisant risque de tourner en rond et de s’enfermer dans un palier.

Pour le coach, être avant tout un facilitateur et non « un monsieur je sais tout ». Ouvrir des portes. Proposer sa vision pour permettre à chacun de se positionner et d’aller plus loin.

Accepter que l'improvisateur passe par des étapes, ne pas vouloir l'amener à un archétype d’improvisateur (qui doit être ça, faire ça, ne pas faire ça..) mais vers sa façon à lui d'improviser. Qui sera pour son bien en constante évolution, la vérité d’aujourd’hui ne sera pas celle de demain.
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MessageSujet: Re: [Article] Les retours en atelier d’improvisation   Lun 5 Oct 2015 - 16:09

Suite à une discussion ce week-end avec Mark Jane au sujet des retours, je vous livre sa conception des choses.

Il est pour intervenir en cours d'impro de manière très brève et précise. Le but étant de demander aux improvisateurs de dire ou de faire quelque chose pour créer du jeu ou un changement, pas pour débriefer l'improvisation. Donner une directive, une direction pour débloquer la situation.

Exemple : "Oui ! Tire maintenant !" / "dis : je ne suis pas d'accord" etc... / "Sors"

Ensuite, il revient plus longuement sur l'improvisation en fin de cette dernière.

Point intéressant, Mark (en position de coach) se concentre également sur les réactions des improvisateurs dans le public pendant les scènes pour sentir quand les choses ne sont pas évidentes ou qu'il y a une incompréhension (réaction sur les visages / moue dubitative).
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